vendredi 2 mars 2012

Fragment : La Jeune Fille au bâton de Rouge

J'ai écrit cette suite, je l'ai cherchée, et c'est bien tout ce que j'ai pu en tirer : toute tentative d'aller plus loin c'est avérée vaine, ma jeune fille au baton de rouge est un personnage que je n'arrive plus à saisir correctement désormais. Je préfère laisser au lecteur le privilège de la faire vivre loin de moi.


"Certaines jeunes filles ont désormais dans l'idée qu'un visage banal bien que d'une rare finesse apparaitra à ses congénaires, mâles et femelles, comme remarquable du fait d'une paire de lunettes un peu trop large à l'épaisse monture de plastique. Elles espèrent alors qu'un charme "retro" se chargera alors de leur donner une contenance quelconque. Croyons bien cependant qu'en cela elles ne reussissent qu'à moitié. Ma jeune fille, douce (et charmante?) avec son baton de rouge, n'avait pas cette tare de notre temps; elle préfèrait porter des lentilles qui mettaient en valeur la candeur de son visage et donnaient du même coup à ses yeux une tonalité d'observation particulière. J'ai refusé de décrire ma jeune fille, je pense toujours que seul un portrait moral s'imposait. De nos contemporains, par contre , je me permet de dépeindre un tableau triste à nos yeux. Ceux qui nous entouraient, ne nous comprenaient pas, je l'ai sans doute déjà dit, cependant il faut discerner ceux qui ne pouvaient nous comprendre et ceux qui, par mépris ou par bêtise, préfèraient ne pas nous comprendre. Il est inutile d'insister davantage sur le traitement que nous réservait le monde, il n'a pas, à proprement parler, d'interêt pour la marche de mes récits.
Je ne sais ni si les grands récits ou les lectures nous forment réellement; je sais qu'elles nous instruisent. Un individu normal -on assimilera ici la normalité à la majorité- n'a pas besoin d'un Flaubert ou d'un Dostoievsky pour continuer à vivre ou pour emplir son existance. En ai-je besoin ? Oui, je le crois, en avait-elle besoin, elle? Je l'espère. C'est pourquoi, nos lectures revètent un aspect curieux aujourd'hui. Nous n'avons pas lu pour nous instruire ou pour comprendre le monde, mais pour nous divertir, combattre ainsi un mal. Qu'on ne dise pas que la lecture ne fut qu'amusement ! Se divertir, s'amuser, ce sont deux choses bien différentes. L'éternelle lutte contre un ennui fondamental ne recouvre aucun amusement mais des joies simples. Trop simple pour certains vulgaires , mais belle cependant au moins à mes yeux. Albert Camus nous parlait jadis d'un "clair obscur plus saisissant que la lumière du jour", cette phrase prophétique  concernait Dostoievsky (...) "

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