samedi 3 mars 2012

Dans un genre un tout petit peu différent

J'ai écrit ceci il y a peu de temps.

"Lecteur, lecteur, lecteur. Je te livre ici le résumé de la piété curieuse, envers lui-même principalement, d’un jeune male dont l’adolescence encore présente périme malgré tout à petit feu. Au fond qu’est-ce que l’adolescence, cette jeunesse dont on parlait autrefois et qui recèle, disait-on, tant de trésor. Qu’est-ce ? Dites le moi, vous tous qui me lisez, exprimez donc par vos mots cette impression fugace que je n’ai jamais saisie. Jamais ? Je ne sais si « jamais » est le mot correct, rarement, superficiellement plutôt. Il me semble que ce mythe de la jeunesse, et par là même de la jeunesse perdue, est une invention de ceux qui le regrettent. Être Jeune, ce n’est ni une chance, ni un handicap, c’est un état des choses. L’insouciance de la jeunesse, si elle existe, est un nom sympathique que l’on donne aux espérances de ceux qui ne se sont pas encore lancé dans la vie. Oui, se lancer... Il faut espérer, rêver, car partir perdant, c’est déjà perdre.
Certes nos espoirs et nos rêves ne sont pas tout, certes le travail pour ceux qui se jettent dans la vie est indispensable ; nous, ou en tout cas ceux d’entre nous qui pensent à ces choses, le savons. Mais cette capacité à rêver est la seule voie par laquelle nous pouvons espérer la liberté. La première de nos libertés est celle d’espérer, car sans elle il n’existe nulle action pouvant prétendre au statut d’acte proprement humain, c’est-à-dire d’acte libre. Sans cette liberté d’espérer, sans cette nécessité absolue qu’est l’espoir, il ne peut y avoir de liberté car tout acte est sans motif et sans objectif, car on ne donner de sens à rien. Cet espoir ne rejoint pas l’utile, il peut être au plus haut point futile tant qu’il a été formulé et conçu librement. Si je me cultive, si je lis, si j’écris ça n’est ni utile ni profitable aux autres. Pour autant, puis-je réellement affirmer que c’est sans motif ? Il faut précisément lever cette ambigüité absurde entre utilité et motivation. Je lis de la poésie précisément pour l’émerveillement que cela peut m’apporter, c’est un motif (pas le seul cependant) ; penser que cela puisse seulement me permettre de nourrir un devoir de littérature c’est utiliser la poésie, c’est en faire un objet trivial car utilitaire. Cela n’est certes pas ce qui peut me motiver à lire ne serait-ce qu’un vers : la poésie est une force élévatrice qui, à mon sens, doit participer à nous extirper de la bassesse de l’utile et non y être ramené bêtement.
Puisque que j’évoque le sujet, je remarque qu’il faudrait probablement recommander au bûcher ces professeurs de lettres qui recommandent, sans aucun scrupule, à leurs élèves de lire pour la simple et « bonne » raison que peut-être cela pourrait, très éventuellement, leur permettre de « nourrir » ou leur oral ou leur devoir ou pire encore : pour leur « culture générale »… Ca n’est pas là ce qu’un professeur doit faire ; l’examen ne devrait être qu’une formalité, car une fois encore, là n’est pas l’important. Où est-il ? Me demanderez-vous. L’important en littérature est de vivre, de ressentir aussi profondément que l’on le peut les mots, les phrases et les idées. Ces mots sont un chemin vers la liberté, vers cet espoir dont je parlais plus haut. On ne peut aspirer à quelque chose de plus haut que dès lors que l’on connait l’exaltation et la grandeur autant que ce qu’il y a d’intime et de secret dans ce que nous réserve notre existence. Et c’est à mon avis ce que peuvent-nous apporter arts, littératures et poésie : ce sont de prodigieuses fenêtres ouvertes sur le monde. Que je sois d’accord ou non avec Dostoïevski je peux vivre, ou plutôt ressentir, à travers les Frères Karamazov ou L’idiot des choses auxquelles je n’aurais sans doute jamais songé. Sartre a écrit « La culture ne sauve rien ni personne» C’est probablement vrai : la littérature ne nous sauve pas systématiquement, elle peut en revanche bien souvent nous initier, nous éduquer afin que l’on puisse  « se jeter dans l’existence » en étant bien conscient de ce qui peut nous y attendre.

vendredi 2 mars 2012

Fragment : La Jeune Fille au bâton de Rouge

J'ai écrit cette suite, je l'ai cherchée, et c'est bien tout ce que j'ai pu en tirer : toute tentative d'aller plus loin c'est avérée vaine, ma jeune fille au baton de rouge est un personnage que je n'arrive plus à saisir correctement désormais. Je préfère laisser au lecteur le privilège de la faire vivre loin de moi.


"Certaines jeunes filles ont désormais dans l'idée qu'un visage banal bien que d'une rare finesse apparaitra à ses congénaires, mâles et femelles, comme remarquable du fait d'une paire de lunettes un peu trop large à l'épaisse monture de plastique. Elles espèrent alors qu'un charme "retro" se chargera alors de leur donner une contenance quelconque. Croyons bien cependant qu'en cela elles ne reussissent qu'à moitié. Ma jeune fille, douce (et charmante?) avec son baton de rouge, n'avait pas cette tare de notre temps; elle préfèrait porter des lentilles qui mettaient en valeur la candeur de son visage et donnaient du même coup à ses yeux une tonalité d'observation particulière. J'ai refusé de décrire ma jeune fille, je pense toujours que seul un portrait moral s'imposait. De nos contemporains, par contre , je me permet de dépeindre un tableau triste à nos yeux. Ceux qui nous entouraient, ne nous comprenaient pas, je l'ai sans doute déjà dit, cependant il faut discerner ceux qui ne pouvaient nous comprendre et ceux qui, par mépris ou par bêtise, préfèraient ne pas nous comprendre. Il est inutile d'insister davantage sur le traitement que nous réservait le monde, il n'a pas, à proprement parler, d'interêt pour la marche de mes récits.
Je ne sais ni si les grands récits ou les lectures nous forment réellement; je sais qu'elles nous instruisent. Un individu normal -on assimilera ici la normalité à la majorité- n'a pas besoin d'un Flaubert ou d'un Dostoievsky pour continuer à vivre ou pour emplir son existance. En ai-je besoin ? Oui, je le crois, en avait-elle besoin, elle? Je l'espère. C'est pourquoi, nos lectures revètent un aspect curieux aujourd'hui. Nous n'avons pas lu pour nous instruire ou pour comprendre le monde, mais pour nous divertir, combattre ainsi un mal. Qu'on ne dise pas que la lecture ne fut qu'amusement ! Se divertir, s'amuser, ce sont deux choses bien différentes. L'éternelle lutte contre un ennui fondamental ne recouvre aucun amusement mais des joies simples. Trop simple pour certains vulgaires , mais belle cependant au moins à mes yeux. Albert Camus nous parlait jadis d'un "clair obscur plus saisissant que la lumière du jour", cette phrase prophétique  concernait Dostoievsky (...) "