(Courte scène, peu d’intérêt sauf intellectuel)
- Puisses-tu te taire enfin ! Tout cela est normal ?
- Je n’ai que faire du normal, du banal, des lieux communs; si mes sentiments me l’imposent, j’irais faire mon marché à travers des stéréotypes. Je ne sais au juste ce qu’il m’arrive.
- C’est pourtant évident. Elle te manque, tu l’aimes, avec profondeur. Peut-être n’étais tu toi-même pas conscient du point auquel tu l’aimes, et pourtant c’est ainsi. Les grands évènements nous informent un peu de l’ampleur de nos actions passées.
- Que toi et toute ta sacrosainte logique ne viennent pas défigurer ce que je ressens, tu ne peux pas comprendre. Tu rationnalises ; tu as le beau rôle. Moi aussi je pourrais appliquer des axiomes, me faire logicien, mais ce n’est pas mon rôle, moi, j’assume le sensible, j’intellectualise, je te mâche le travail, je te fournis la matière. Sans ma perception qu’es-tu ? Une vulgaire loque, un organe que l’on masturbe sans but et sans plaisir. Ne me raisonne pas, pense donc : me voir en détresse t’amuse. Joue toi donc de moi. Je rirai quand tu t’acharneras à asservir le monde à ta raison.
- Pourquoi m’agresser ainsi, que t’ai-je dit ? Ne sois pas si impulsif. Songe donc : sans aucune réflexion posée, guidés par tes fougueuses passions, nous irions dans l’impasse, notre espérance de vie en serait bien limitée, nous serions condamnés à une existence bien misérable, solitaire et outrée. Tes paroles sont belles, j’en conviens, mais où nous mèneraient tes actes ? Certes, je n’ai pas encore raison pour tout et tout le temps, mais, constate donc : la terre et son mouvement, le soleil même, je l’ai compris, alors même que tes fidèles voyaient la première plate et immobile, le soleil comme un dieu. Pour vous la lune n’était qu’une sphère argentée et mystique ; je vous en ai montré la surface.
- Est-ce donc parce que tu nous as montré le désert et le froid qui hantent sa surface que le poète doit abandonner la lune où il chantait si bien ? Que m’importe à moi que les étoiles ne soient que gaz et fusion, que la terre ne soit qu’une poussière dérivant autour d’un grand astre. Tu ne m’as pas encore privé du droit de chanter la beauté de ce monde.
